Notes (éparses) sur la Littérature – Wim Wenders ou l’écriture visuelle

À l’origine, des réflexions éclaires, des mots dispersés à tout support d’écriture, des nuits blanches à tourner des pages moins blanches, à refermer des livres pour en réouvrir de nouveaux. Cette boulimie littéraire, il a fallut qu’elle prenne une nouvelle forme, la lecture à elle seule ne suffisait plus. Je devais, même mal, même déjà-dit, écrire dessus. Je me place ici sous le patronage des Notes sur la littératurede Theodor Adorno, sans imitation ni prétention, mais avec cette même envie : exprimer ces notes libres qui cliquettent et se cognent dans l’encéphale.

 

Pour moi, c’était ça, un auteur quelqu’un qui a quelque chose à dire, d’abord ; qui sait, ensuite, le dire dans sa propre écriture et puis : qui a trouvé, à l’intérieur de cette écriture une impertinence.

 

Wim Wenders est un réalisateur, producteur, scénariste et photographe allemand, bien que celui-ci se définisse comme « cinéaste européen », qui est l’un des représentants et créateurs du Nouveau Cinéma Allemand (courant cinématographique, influencé par la Nouvelle Vague française et les mouvements de protestations des années 1968, né dans la RFA des années 1960/1970 et dont les cinéastes plaçaient la critique sociale et politique au coeur de leurs productions, productions relevant du cinéma d’auteur et qui furent en général réalisées en dehors des grands studios de cinéma). La Vérité des images est le troisième recueil de et sur Wim Wenders regroupant des entretiens et essais de 1984 à 1992. Le cinéaste y évoque principalement la préparation et la réalisation de deux de ses films, Les Ailes du désir et Jusqu’au bout du monde, mais également son univers, ses thématiques – temps, espace, identité -, ainsi qu’une réflexion sur l’introduction de nouvelles techniques à cette époque comme la vidéo numérique, les effets spéciaux numériques, dans le monde du cinéma et l’avenir de ce dernier.

Wim Wenders est avant tout un producteur d’images, d’abord par le médium de la peinture, puis par celui de la photographie et du cinéma. D’ailleurs, ses premiers films sont comme des tableaux, des plans fixes de paysages. Le cinéaste déploie et entretien un rapport singulier avec les images, créant ainsi un langage visuel propre, notamment avec Alice dans les villes et Les Ailes du désir où l’image à sa propre temporalité qui donne le rythme à l’histoire (« Je trouve que c’est seulement quand on donne à chaque image le droit de raconter quelque chose pour elle-même, d’être là pour elle-même, qu’on peut espérer aussi qu’elle vous autorisera pour ainsi dire à la placer dans un contexte et à créer un tout »).
On traverse avec Wim Wenders les différents grands thèmes qu’il aborde dans ses productions, avec des mots cette fois et non plus des images. On remarque que le cinéaste entretient des liens très sensibles et intimes avec les villes où il travaille, surtout Berlin qui est pleine de strates historiques, émotionnelles, temporelles. Selon lui, une ville est comme une personne, un être à part entière qui donnera et apportera l’atmosphère du film tout autant – et même plus – que des acteurs (acteurs choisis par Wim Wenders pour leurs personnalités réelles, sans prendre en comptes le jeu d’acteur, etc). Pour une personne aussi fasciné que Wim Wenders pour l’image, on comprend bien que l’importance de la ville, du lieu précis dans la ville où il tourne soit primordial.

Grâce à la temporalité assez large que couvre l’ouvrage, de 1984 à 1991, on voit également l’évolution du cinéaste quant à ses choix de réalisation, le recule prit sur les choses qui n’ont pas marché (par exemple, l’adaptation à l’écran de La lettre écarlate). Il y a aussi l’arrivé de la vidéo numérique dans l’industrie du cinéma qui fait se poser de nombreuses questions à Wim Wenders quant aux possibilités, aux doutes aussi, qu’apportent cette nouvelle technique (« On ne peut plus se fier à rien. On travaille constamment avec une matière qui n’est plus soumise à aucun critère de vérité. Tout ce dont il s’agit, c’est de savoir ce qu’on peut faire avec. Et on peut tout faire. »). Il en fera l’expérience lui-même pour son film de science-fiction Jusqu’au bout du monde, avec les séquences de rêves, ainsi qu’avec son documentaire Carnets de notes sur vêtements et villes sur Yohji Yamamoto – bien que se soit d’une toutes autre manière.

La Vérité des images est un peu plus qu’un simple recueil d’entretiens et d’essais, c’est la possibilité d’explorer les « nids dans la tête » de Wim Wenders, de comprendre son positionnement face à l’image, mais aussi ses choix, son cheminement et déroulement de pensée et de réalisation. Aussi, le fait de produire lui-même presque tous ses films lui permet une liberté totale sur la façon de mener à bien ses projets, le cinéaste garde en quelque sorte possession de son travail. Cette autonomie tend, à l’instar de Jean Cocteau et Jacques Prévert, vers une production d’images poétiques, sensibles qui caractérisent le cinéma de Wim Wenders, et donc sa vision.