Notes (éparses) sur la Littérature – Artaud 1920

À l’origine, des réflexions éclaires, des mots dispersés à tout support d’écriture, des nuits blanches à tourner des pages moins blanches, à refermer des livres pour en réouvrir de nouveaux. Cette boulimie littéraire, il a fallut qu’elle prenne une nouvelle forme, la lecture à elle seule ne suffisait plus. Je devais, même mal, même déjà-dit, écrire dessus. Je me place ici sous le patronage des Notes sur la littérature de Theodor Adorno, sans imitation ni prétention, mais avec cette même envie : exprimer ces notes libres qui cliquettent et se cognent dans l’encéphale.

 

Antonin Artaud 1920, c’est un homme qui avait compris qu’il était mort avant tous le monde, et, étant déjà mort, il ne pouvait plus mourir.

Antonin Artaud, c’est le bouillon de culture d’une époque, qui traverse les ans, et devient atemporel : c’est un homme des trois temps, c’est-à-dire un homme-passé, un homme-présent et un homme-futur.

Antonin Artaud, c’est un esprit en crise qui, faute de trouver pleinement sa place, se construit la sienne propre, en marge, en avant-garde, en dents de scie. Il se meut comme un funambule dans la vie, ayant pour seul travail son esprit.

Antonin Artaud, c’est de multiples possibilités d’expressions lui permettant de faire transpirer son âme. Il fait partie de ces personnes dans la nécessité de s’exprimer, ou plutôt de faire prendre corps à tout se qui se passe à l’intérieur afin de pouvoir respirer et survivre, encore un peu.

Antonin Artaud, c’est ce paradoxe vicieux de génie créatif, balloté entre l’envie de se rétablir en abandonnant son esprit, et l’envie de rester dans la douleur pour continuer à produire, à pousser toujours plus loin sa réflexion.

Antonin Artaud, c’est un être du fond des âges, un être qui n’existe pas encore. À la fois Atlas, à la fois en décalage et en devenir qui cherche à rattraper la réalité qui se dérobe sous son regard. Un être en biais inclassable qui va traverser un demi siècle et mourir, encore une dernière fois.