Opicinus de Canistris : égocartographie mentale tourmentée

Au détour d’une page — et début — de Suicides exemplaires d’Enrique Vila-Matas, je découvre l’existence d’une figure singulière, oubliée durant plusieurs siècles. C’est celle de l’intriguant ecclésiastique italien Opicinus de Canistris « dont l’obsession majeure consistait à interpréter la signification des cartes de géographie en y projetant son propre monde intérieur — il se bornait à dessiner le contour des côtes méditerranéennes dans toutes leurs dimensions pour superposer parfois deux orientations différentes du même tracé et représenter sur ces compositions des personnages de sa vie ou y coucher ses opinions sur les questions les plus diverses —, c’est-à-dire laisser le lecteur projeter son propre monde intérieur sur la carte littéraire secrète de l’itinéraire moral ici même suicidé-né » [01]. Lignes tout aussi intrigantes puisqu’elles clôturent le premier chapitre de l’auteur espagnol, un chapitre au titre révélateur, sans le savoir, quant à l’ ‘’œuvre’’ d’Opicinus : Voyager, perdre des pays.