Toute la Mémoire des Hommes – Espaces hétérotopiques Concrets, Hybrides et Imaginaires

20 x 26 cm et 13 x 26 cm
Clairefontaine rouge 120g
Clairefontaine acier 80g
Cyclus 90g
Reliure spirales et piqûre à cheval
128 pages et 4 pages

 » Il est quelque peu présomptueux, voire arrogant, de chercher à expliquer le fonctionnement de la Mémoire de l’humanité ainsi que la manière dont s’articule le savoir dans l’esprit des hommes. Cependant le titre de ce modeste recueil d’articles ne doit pas égarer le lecteur curieux. L’objectif de ses auteurs n’est pas d’être exhaustif mais, plutôt, d’apporter des morceaux choisis de réflexion sur ce thème très étendu.

Ce recueil d’articles trouve sa genèse dans le court-métrage Toute la Mémoire du Monde (1956) du réalisateur français Alain Resnais. Dans celui-ci, le savoir-faire du cinéaste est au service de la grandeur de la Bibliothèque Nationale de France qui est présentée comme un coffre-fort labyrinthique accumulant les connaissances telle une éponge qui se gorge de liquide. Collecter, classer, ranger mais, surtout, restituer, tel est l’objectif de cette institution gardienne de tout ce qui se publie en France. Une tâche titanesque, sans fin, requérant méthode et organisation pour ne pas voir un ouvrage perdu dans les limbes à la suite d’un mauvais étiquetage ou d’un retour sur la mauvaise étagère.

Ce court-métrage est une sorte d’allégorie de la lutte de l’Humanité contre l’oubli. Un combat harassant entre l’esprit, qui cherche à rassembler ses connaissances pour comprendre, et ses propres défauts qui l’empêchent de stocker le savoir sans aucunes pertes. En effet, le terme « mémoire » dans le titre de cet ouvrage doit d’abord être pris dans son sens le plus littéral, à savoir la sauvegarde de l’information. Ici est la clé du progrès intellectuel des sociétés humaines qui, grâce à l’accumulation de découvertes issues des générations précédentes, par l’écrit, l’oral ou, nous le verrons, d’autres dispositifs mnémotechniques,évoluent technologiquement et philosophiquement. Mais l’enjeu de savoir si cette évolution représente un progrès pour l’humanité sort du champ d’investigation de ce recueil. Le propos des auteurs se borne à présenter et expliciter une sélection de différentes innovations développées par quelques penseurs dont l’objectif était justement la transmission de l’information dans l’objectif que celle-ci soit comprise. Car, transmettre parfaitement d’un support à un autre, d’un esprit à un autre, c’est vraiment cela sauvegarder.

La référence à Michel Foucault dans le sous-titre apporte une précision bienvenue pour la compréhension de cet ouvrage. Les innovations intellectuelles que nous évoquions précédemment prennent bien des formes et ne se restreignent pas juste à quelques idées couchées sur le papier, ce sont des hétérotopies. Elles peuvent prendre bien des formes, aussi bien physique qu’imaginaires : un schéma, une bibliothèque inconstructible, un atlas, une collection de photos… Elles ne sont pas forcément accessibles au commun des mortels, elles appellent parfois à une initiation. Même si elles sont forgées dans un contexte historique bien particulier, leur propos se veut intemporel et transcende leur seul contexte de création. À l’instar du Musée Imaginaire d’André Malraux, même si conçu à une époque où la radio supplantait encore la télévision, son concept fait aujourd’hui étrangement écho à la volonté de nombreux musées de partager leurs collections au plus grand nombre grâce à la numérisation et à la diffusion par le biais de plateformes Internet. Enfin, leur nature utopique les met en opposition avec le réel. En effet, ces lieux, ces objets, possèdent un caractère mystique, une essence particulière qui les coupe de l’activité du monde des hommes. Des archives dans leur écrin par exemple, comme le Palais des Papes d’Avignon, lieu de stockage de la mémoire de la cité et ses alentours, mêlant technologie et architecture médiévale. Une zone atemporelle, paisible et silencieuse dont la fraicheur tranche avec l’air étouffant de la Provence.

Pour traiter un sujet si vaste sans pour autant s’égarer dans des réflexions trop imprécises, Toute la mémoire des hommes se devait de restreindre son champ de recherche. C’est la formation de ses auteurs, amis fidèles dans la vie de tous les jours, qui en trace les contours. D’un côté le design graphique, l’édition et la littérature, de l’autre l’architecture et l’histoire. La philosophie et l’art servent ici de trait d’union entre les domaines. Le résultat de cette alchimie est un petit livre hybride et multidisciplinaire de 12 articles dont les différents axes de recherches sont complémentaires. Les archives, les collections de musées, les représentations graphiques et imaginaires du savoir, les méthodes mnémotechniques ou encore les utopies de bibliothécaires, tous ces sujets, et d’autres, sont traités dans le livre entre vos mains.  »