Toute la mémoire du monde : utopie concrète de la connaissance en marche

Avec Toute la mémoire du monde, Alain Resnais nous montre à voir et à entendre les mécaniques d’une activité obsessionnelle mais cruciale pour l’Homme : conserver et organiser sa mémoire. Autrement dit, « domestiquer la matière imprimée » pour « préparer le progrès du monde » [1].

Ce court-métrage sur la Bibliothèque Nationale réalisé en 1956 est une commande institutionnelle visant à mettre en avant « un oasis de l’intelligence et de la culture » [2] française sous un aspect moderne et dynamique. D’ailleurs, c’est cet aspect dynamique, traduit par le circuit d’un ouvrage depuis son entrée à la Bibliothèque jusqu’à sa mise à disposition aux usagers des lieux, qui sera le fil conducteur du documentaire.

On remarque que l’approche stylistique adoptée est très proche de celui de la science-fiction, de l’anticipation, et a pour effet de nous faire traverser un paysage qui semble irréel dans le sens qu’il est à venir tant il est perfectionné, gigantesque, receptacle de l’entière connaissance des Hommes et du monde. Alexandrie moderne, la Bibliothèque Nationale est vue comme une machine-catalogue – Conservatoire de la Civilisation écrite – très complexe, seule capable de répertorier et contenir l’ensemble de la Mémoire universelle et collective de « tout le passé, mais aussi tout le présent » [3].

 

« La Bibliothèque Nationale est trop petite, c’est bon signe. La civilisation, l’homme a besoin d’une mémoire de plus en plus vaste. » [4]

 

Toute la mémoire du monde est l’histoire d’une utopie, d’une mémoire idéale, et c’est ce qui rend cette utopie possible car elle est nécessaire puisque, d’après Alain Resnais et Remo Forlani, sans mémoire et sans recours aux connaissances « tout serait à réinventer » [5]. Cette nécessité nous est exposée à travers la voix de Jacques Dumesnil :

 

[1] Toute la mémoire du monde, entre la commande et l’utopie, Alain Carou, Revue 1895 No. 52, 2007

[2] Synopsis initial de Jacques Krier

[3] Synopsis de Remo Forlani

[4] Ibid.

[5] Synopsis d’Alain Resnais et Remo Forlani