Héritage, ville et imaginaires [1/3] – Notice géologique et hydrographique

Depuis un scénario catastrophe, thématique commune des grandes agglomérations et des téléfilms sur TMC, quelle position patrimoniale prendre ? Au cours de ce semestre, la Presqu’Île de Lyon subira un séisme sans précédent qui marquera son paysage par des effondrements et les résidus d’une inondation. Avant de constituer un groupe de travail pour mener les projets urbains et architecturaux, j’ai savamment bricolé une catastrophe d’après l’étude des relevés géologiques et hydrographiques anciens dont voici la notice.

La région Lyonnaise est le théâtre de deux confluences, celle de grands ensembles géologiques et celle de deux fleuves aux caractères contraires.

La vallée du Rhône est une pleine alluviale au centre des grandes manifestations géologiques de la région. A l’Ouest, elle est bordée par le Massif Central dont le dénouement est la colline de Fourvières et le plateau lyonnais. Au Nord-Est les pentes de la Croix-Rousse terminent le plateau de la Dombes dont les limites sont clairement marquées par les fleuves le bordant : le Rhone, la Saône, la Côtière et l’Ain. C’est un plateau morainique, un amas de débris rocheux déposé et érodé par la fonte d’un glacier. Au Sud-Est commence le Bas- Dauphiné, entouré de terrains tous plus anciens. De par cette topologie particulière, on dira de Lyon « La ville au deux collines ».

La confluence des fleuves est un phénomène récent au vu du temps géologique : la Saône rejoint le Rhone au début de l’Holocène, il y a 11 700 ans. Le Rhone est un fleuve alpin à forte pente au vu de celle de la Saone, rivière de pleine au régime océanique à la pente moyenne. Leurs débits sont similaires mais la vitesse de crue du Rhone est si importante qu’elle en devient dangereuse et favorable aux inondations. Il faudra attendre le XIIe sicèle pour que le Rhone soit franchi par un ouvrage situé au niveau de l’actuel pont de la Guillotière alors que le franchissement de la Saone était rendu possible à pied depuis l’Antiquité. C’est ainsi que le Rhone a conservé un caractère masculin et impétueux, et la Saône un caractère féminin, prospère et tranquille.

Le cadre géologique et hydrologique forment une géographie propice aux passages et échanges des populations, donnant naissance à un carrefour des grandes voies de commerce antiques et médiévales.

La Presqu’île, pivot des confluences

La morphologie de la Presqu’île de Lyon telle que l’on la connait aujourd’hui est une une formation récente au vu des temporalités géologiques. Son socle est composé des alluvions du Rhone et de la Saone, il s’agit dépôt argileux ou sableux ayant sédimenté au fil des années. Les alluvions de l’un et de l’autre fleuve sont très intriquées l’une à l’autre, cette entremêlement est révélé par les analyses statigraphiques et sédimentaires des rares carottages.

Coupe Statigraphique, zone Terreaux. Alluvions, Sédimentation et traces d’anciennes occupations

Ce socle a été renforcé et densifié par tous types de remblais depuis la periode Romaine. Sans l’intervention de l’homme la Presqu’île est une plaine inondable, d’où la stabilisation des terres par les remblais et l’aménagement des berges pour facilier le commerce fluvial et limiter l’impact des inondations sur la ville. La dernière opération de remblaiement est au niveau du musée des Confluences à grand renfort de béton.

L’évolution morphologique progressive, altérée par la main de l’homme a transformé le paysage. A un point tel que les terrains que nous voyons aujourd’hui sont des produits autant naturels qu’artificiels. La nature n’a fait que suggérer une occupation possible, prise en main par l’homme pour ressembler au plus à ses besoins. Aujourd’hui, les différents spécialistes s’accordent sur une confluence située bien plus au nord qu’actuellement, un peu plus au nord que la place Carnot. Doublé d’un ensemble de cheneaux plus ou moins nombreux selon l’hypothèse considérée.

La réunion des deux fleuves, des chenaux toujours hypothétiques

Idéalisée dans les représentations antiques comme celle de Chenavard, la morphologie de la Presqu’île, sa composition, son histoire, intéresse aujourd’hui de nombreux scientifiques pour offrir une compréhension du territoire. La cohérence des modèles est corroborée par l’hydrologie, la géologie, la géomorphologie, les recherches archéologiques et la sédimentologie.

Peu de forages/carottages ont pu être effectués dans ce tissu urbain dense. Les modèles proposés sont sujets à caution. Il faut conserver une grande prudence vis à vis de ces hypothèses. Une certitude cependant, l’existence du bras de la Bourse a été invalidée par les fouilles Lyon Parc Auto. Le débit des bras, des méandres et des cheneaux conjecturés est inconnu. Il dépend de leur situation, des écoulements locaux, ils sont sans doutes aussi sujets aux crues que le Rhone mais à une intensité moindre.

Plusieurs hypothèses de confluences

La presqu’île est un gain de terre sur les eaux. L’homme a rendu habitable une plaine inondable située au conflents de strates géologiques, d’une rivière et d’un fleuve. Dans le cadre d’un seisme, il n’est pas exclut que l’eau retrouve ses anciens lits malgré les remblaiements et aménagements. La prudence est de mise pour une telle hyptohèse, de même que pour le cheminement des cheneaux.

Éléments bibliographiques

ARLAUD, Catherine (dir.). Lyon, les dessous de la Presqu’île : Bourse, République, Célestins, Terreaux, Sites
Lyon Parc Auto. Nouvelle édition [en ligne]. Lyon : Alpara, 2000 (généré le 09 juin 2016). Disponible sur
Internet : <http://books.openedition.org/alpara/1842>. ISBN : 9782916125374.

COMBE, Claire, et Jean-Paul BRAVARD. 2007. La ville endormie ? Le risque d’inondation à Lyon approche géohistorique et systémique du risque de crue en milieu urbain et périurbain. [S.l.]: [s.n.]. IdThèse: 2007LYO20097

DAVID, L. Notice de la Carte géologique de la France au 1/50 000e, secteur des Mont d’or lyonnais. Ministère de l’Industrie, Service Géologique National. 2e édition

GOUDINEAU, Christian (dir.). Aux origines de Lyon. Nouvelle édition [en ligne]. Lyon : Alpara, 1989
(généré le 02 mars 2017). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/alpara/1533>. ISBN :
9782916125213. DOI : 10.4000/books.alpara.1533.

Je souhaite adresser mes remerciements à Hervé TRONCHERE et Stéphane GAILLOT du Service Archéologique de la Ville de Lyon pour m’avoir fait partager leur engouement pour la géomorphologie de cette ville, leur prudence sur ses conjectures, ainsi que leurs conseils de documentation scientifique salvateurs.