Héritage, ville et imaginaires [3/3] – Notice Architecturale

Depuis un scénario catastrophe, thématique commune des grandes agglomérations et des téléfilms sur TMC, quelle position patrimoniale prendre ? La catastrophe et l’approche du groupe sont définies, mes contributions architecturales à cette acupuncture urbaine seront un Quai et une salle de Fitness

Concevoir deux bâtiments dans ce même cadre permet de développer une réflexion sur le patrimoine nuancée, essayer deux pistes divergentes. Les terrains choisis sont libres, les programmes aussi. Autant travailler sur ceux que l’on travaille rarement, sinon jamais, aux crochets avec une posture patrimoniale.

Après avoir lu un corpus sur la sémiologie et les langages de l’architecture au cours de ce semestre, l’angle d’attaque sera la question de vocabulaire, de la grammaire et de la sémantique existante entre les éléments architecturaux. Ainsi, j’ai préservé le vocabulaire tout en gommant la grammaire dans l’un et inversement dans l’autre.
Vis à vis de ce qui est détruit ou effondré, je suis bien sûr sensible au charme des ruines comme le décrit Ruskin. Pourtant j’y trouve un grand pessimisme, comme si la ruine d’un phénomène passé aura toujours plus de valeur que toute proposition nouvelle. Cela fige le bâtiment dans une époque révolue tout autant que le pastiche d’une restauration outrancière.

Autant recycler ou réutiliser les matériaux et vocabulaires d’antan dans un syncrétisme mesuré.

Salle de Fitness et Bar à Smoothies

Autour d’un centre évidé s’enroule un escalier en double hélice. L’une est une rampe traboulant de haut en bas, l’autre est une salle de fitness accompagnée de l’inévitable bar à smoothie.

Le sport ayant progressivement quitté les courts et terrains, il se fait hors-sol et immobile : des milliers de kilomètres sont parcourus sur 50cm2. Alors l’individu prime dans son effort individuel pour garder la forme. La convivialité se trouve dans le regard des autres qui articulent eux aussi leurs biceps et quadriceps sur l’acier froid des machines. C’est une rampe qui dessert des plateaux disposés en pas d’âne le long de la circulation, chacun étant équipé d’une machine différente.

L’élévation se rythme par la répétition de portions d’escaliers, alternativement publics et fitness, c’est à dire mouvement/immobilité transpirante pour se rejoindre en toiture dans la salle d’activité promettant yoga et cours de step pour tous groupes de niveau.

L’édifice vitré conserve la transparence de la rue Dubois qui en trouait le rez-de-chaussée et laisse percevoir le rythme régulier des surfaces et des corps. Il reprend le volume pré-existant, encore suggéré par un morceau de façade en ruine dessinant une diagonale d’opacité.

Quai

L’on franchit le seuil composé par la façade, seul reliquat de l’incendie, en empruntant une passerelle d’acier posée à même le quai. Elle débouche sur un premier îlot de béton. Car là où le bâtiment se faisait extension artificielle de la terre se substituent des paliers éparses, dont les fondations plongent dans la langue d’eau qui a pénétré le centre de la parcelle au moment de la catastrophe.
Comme une rue médiévale projetée à la verticale, les chemins sinuent entre les volumes et desservent ainsi le quai, des habitations ainsi que des commerces. La compréhension des espaces vient avec leur expérience. En sous-sol, le quai accueille un transport public de type batobus. Dans les étages, l’accès aux habitations est privatif comme pour une maison de ville. Les commerces participent à l’animation de ces espaces la journée.

Une fois la nuit tombée, la rue se déserte peu à peu. Les lampadaires s’allument pour éclairer les degrés des escaliers tendus entre les iles. Seul subsiste avec ces éclats vifs, l’écho des fracas de l’eau sur le béton nu, se répétant inlassablement dans les hauts volumes évidés donnant sur le ciel. La brise est filtrée par la façade dont on avait remonté les menuiseries pour conserver le rythme donné à ce bord de Saône.

L’extérieur réglé au métronome contraste avec cet intérieur habité par une logique autre. Y cohabitent l’asymétrie, la non-répétition, une transparence phénoménale, articulés autour de 7 voiles en béton archéologique. Ce dernier provient des gravas des parties effondrées, concassés pour former ces voiles structurels qui transpercent de part en part volumes et vides sur toute hauteur. Les éléments de vocabulaire architectural qui ont réchappé de l’incident sont récupérés çà et là dans les bâtiments sinistrés puis réutilisés non pas dans une volonté picturale, mais comme éléments de détails ajoutant un niveau de lecture supplémentaire à l’édifice.
C’est l’échelle de de l’ornement.

Circulation verticale fragmentée
L’échelle de l’ornement

 

Élévation Est